JUDO AU NÉPAL : VOYAGE AU CŒUR DE L’HUMANITÉ

Surya SHRESTA sensei du PAM : prisoner’s assistance mission

Il y a des pays qui forcent le respect. Le Népal en fait partie. Pour peu que l’on prenne le temps de rencontrer les gens de Katmandou au lieu de filer de suite vers ce trekking sur le toit du monde. Et l’on se rendra compte très vite que le tremblement de terre de 2015 est déjà effacé. Du moins en surface, car c’est à la rencontre de ses orphelins que je vous convie ici.

Il est 5h du matin, c’est ma première nuit sur place et j’ai le besoin de ressentir la ville s’éveiller. De capter cette énergie que je sens énorme, et pourquoi pas de la saisir avec mon boitier. Katmandou ne dort jamais, mais c’est le seul moment où la densité du trafic est fluide et sans trop de poussière. Car il faut bien le reconnaître à la sortie de l’aéroport, si vous n’avez pas trop bourlinguer, vous allez recevoir un choc.

La pollution est telle, qu’elle vous saisira à la gorge au bout d’un quart d’heure. Vous traverserez un pont qui surplombe un égout à ciel ouvert. La circulation est anarchique à souhait.On sait de suite que nous vivons dans un univers, où le sac en plastique est dominant. N’envisagez pas un tri sélectif. Ici la nuit, les poubelles sont livrées à la caste des intouchables… et aux chiens errants. Alors on peut comprendre que votre premier réflexe d’européen puisse être de partir au plus vite dans l’arrière-pays faire votre trekking himalayen. Vous commettrez là votre plus grande erreur sur le Népal. Car comme l’a si bien souligné Alexandra DAVID-NEEL : » Voyager sans rencontrer, c’est se déplacer. »

Ici je vais recevoir une double leçon de vie : d’abord par les gens sur place au quotidien, ensuite par les orphelins judoka. Se balader dans la rue avec son 70-200 c’est tout sauf discret. Faire des portraits de rue avec c’est un défi, et pourtant…Le naturel, le sourire, la joie de vivre qui les caractérisent, en font un peuple d’une sérénité à toute épreuve.

Je me rend vite compte qu’il y a chez eux l’envie d’échanger avec l’autre. Ici tout le monde parle anglais. Il y a des écoles de langues à chaque coin de rue. Alors le simple fait de rester sur place, d’aller au plus prêt de leur quotidien, vous ouvre les portes, et leur cœur. Mon travail photographique a changé de dimension ici. Je ne m’en pensais pas capable. Ce sont les népalais qui me l’ont révélé. A jamais je leurs serais redevable.

Pour résumer, je dirais que le Népal est à la fois un carrefour du monde, et un carrefour du temps.

Un carrefour du monde, car entre 2 rues, on peut à la fois se sentir en Inde et au Tibet, à la fois par l’architecture, les modes de vie, et ce brassage humain incroyable.

En Inde, comme ce fut le cas lors du pèlerinage au Pashupatinat. Une bonne manière, aussi, de se confronter à la réalité humaine du sous-continent indien. Si vous vous sentez à l’aise, vous pourrez franchir la frontière. Sinon il sera préférable d’en restez-en là, lorsque le choc culturel vous est déjà, à ce stade, insurmontable.

Au Tibet devant la stupa …, où les visages et le foisonnement des couleurs et la quiétude des bouddhistes qui y font la procession, vous ramènent au temps de la splendeur du Lhassa d’avant…

Un carrefour du temps parce que se côtoient les personnes qui sont restées dans la tradition. Par leur habits, leur physionomie, on a l’impression que le temps s’est arrêté il y a longtemps. Et c’est déjà en soi un moment privilégié par ces temps survoltés de la mondialisation. On est hors du temps.

Et soudain, revenir en plein 21ième siècle en constatant que le portable ici aussi fait partie de la panoplie de tous les jeunes et des personnes dynamiques. Que la mode ne s’arrête pas à Paris.

Le bonheur c’est simple comme un coup de fil. Par exemple lorsque Morgan GIRARDEAU, le globe-trotter judoka m’a confirmé que j’allais être son photographe officiel pour son premier voyage qu’il organise autour du judo humanitaire au Népal avec son agence EXPLORE-MEET-SHARE-JUDO. Bien loin de me douter de mon lit d’hôpital, que quelques mois plus tard, en novembre exactement je découvrirai une population exceptionnelle par sa générosité.

Morgan GIRARDEAU

Le judo est une grande nation du judo mondial !

Je m’explique.

Tout comme son voisin le Bhoutan qui a élevé un indice du BNB , le bonheur national brut. Le Népal peut se targuer d’avoir, ce que je qualifierai comme un IPJ : indice de plénitude du judo, des plus élevé !

Mohan BAM

Voici le résumé de mon séjour au Népal organisé par Morgan GIRARDEAU avec la complicité de Mohan BAM . Avec cette envie de vous faire partager quelques impressions marquantes que je n’oublierai jamais, tout comme Mohan, Misaki, Lucie, Laurent et Pierre, les judoka humanistes de cette aventure exceptionnelle.

Si vous limitez votre vision du judo à son seul aspect sportif. Vous réduisez considérablement votre perspective de compréhension. Jigoro KANO était un génie. En créant le judo, il a avant tout créer un outil éducatif et de développement personnel. C’est bien pour cela qu’en partant du jujitsu il en a ôté toutes les prises mortelles. En regardant les mômes judoka au quotidien on en a bien vu les bienfaits.

Jigoro KANO
81 ans après sa mort Jigoro KANO est toujours présent

Le judo leurs procure un tel moment de fraternité, qu’ils s’évadent. Ils en oublient leurs soucis du quotidien.Rien de tel qu’un cours de judo pour les enfants pour prendre la température de la culture judo.

C’est d’abord le choc culturel lorsque l’on arrive au dojo. On est tellement loin de nos standards occidentaux. Mais l’essentiel est ailleurs.

Ici c’est l’éducatif qui domine.

On a tous remarqué la grande bienveillance des sensei à l’égards des mômes,comme par exemple Laxmi TAMANG, Mohan SUNAWAR ou Dhama Kumar SHRESTHA. Grâce à l’assistance du KODOKAN ces experts se forment régulièrement au Japon. Ils en sont diplômés . Que ça soit pour le passage de grade traditionnel ou pour l’enseignement spécifique des judoka en situation de handicap.

Laxmi TAMANG sensei
Mohan SUNAWAR sensei
Dhama Kumar SHRESTHA sensei

Le judo c’est d’abord un jeu, comme le dit si bien Ugo LEGRAND. Il serait heureux de le constater ici.

Donc, on ne s’est pas contenté de rencontrer les orphelins du tremblement de terre.

On est allé voir, aussi, des orphelins de la vie,dans un orphelinat où la richesse de cœur compense la pauvreté des moyens.

On a partagé des moments intenses d’émotion avec les enfants en situation de handicap visuels. Ils nous ont rappelés combien le ressenti permettait de mieux appréhender notre discipline.

Personnellement je ne me suis toujours pas remis de la grandeur d’âme des enfants népalais en situation de handicap auditif. Leurs cris de joie, étouffés, avaient cependant une telle force, une telle pénétration de l’âme.

Dans tout bon circuit organisé, comme nous l’avaient organisé Morgan et Mohan, il y avait un moment de respiration. Mais il était évident pour nous tous, que c’était l’occasion inespérée de les revoir. L’accueil a dépassé l’entendement. A titre personnel je n’avais jamais ressenti cela dans ma carrière de reporter. Etant doté déjà d’un certain niveau d’empathie, on ne fait pas ce métier par hasard, dans la voiture du retour , je me suis effondré. C’était trop fort.

Pierre FRISCH

Comme le résume si bien Morgan : » ils n’ont rien, mais ils donnent tout.« 

Dans un centre spécialisé, on a été estomaqué par la force de concentration et la joie de pratiquer des enfants qui ont été extraits de la rue où ils survivaient. Ils leurs ont donnés un toit, un accès à l’éducation, une joie de vivre..

Que dire encore de ce centre dont les enfants ont leurs 2 parents sont en prison. Pour mon dernier jour sur place, avant mon départ par Hong Kong, la barre avait été mise très très haut ! Une culture de l’écoute et un sens de la discipline stupéfiants pour leur âge. Parlant tous anglais, ils se construisent un avenir qui leurs permettra d’éviter les travers dans lesquels ils auraient pu tomber si facilement.

Quel est le bilan de cette magnifique aventure humaine ? Ont-ils vraiment besoin de nous ?

Ils se contentent de ce qu’ils ont. Les orphelins ont tous des liens forts entre-eux. Les grands participent à l’éducation des plus petits. C’est une certitude. Il y a des gestes de bienveillance qui ne trompent pas.

Ce qui est certain c’est tout le bien que leurs procure le judo. Pendant cette activité qu’ils pratiquent chaque jour, souvent en parallèle du yoga, ils s’épanouissent ensemble.

La force du judo est dans sa pratique.

On n’est rien sans Uke.

Laurent DE OLIVEIRA

Par les temps qui courent on a tous remis le curseur de la dépendance matérielle à la baisse. D’abord faire avec ce que l’on a. La course effrénée au matérialisme mène le monde dans un mur. On le sait.

Misaki YAMADA

La puissance des deux notions fondatrices du judo prend ici au Népal tous son sens au quotidien : JITA KYOE : entraide et prospérité mutuelle et SEIRYOKU ZENYO : minimum d’énergie pour un maximum d’efficacité.

Lucie ROCHE

Evidemment on ne pouvait venir les mains vides, mais ça ne reste que du matériel. La qualité des rapports humains m’amène à penser, qu’en fait, par leur gentillesse et leur amour du judo,ils nous ont offert le plus beau des cadeaux: une amitié indestructible qui défie le temps et la distance. On se souviendra toujours de nos échanges,

Il se fait tard, je me remémore ce périple. Je me pince parfois pour me persuader que je n’ai pas rêver. Non, je suis à Vézézoux en Haute-Loire, dans le judoclub de VEZEDO de Pierre. Morgan est descendu exprès de Dublin. On est de nouveau tous réunis. L’envie de se retrouver et de témoigner au plus grand nombre nous animent tous. On voit dans la réaction du public qu’ils ont été touchés en plein cœur. Il faudra renouveler cette expérience. Pour rien au monde on aurait manqué cela. Un lien fort nous unis à jamais.

Je dédie cet article à Manoj BAHUDUR KC sensei. Parti trop tôt, qui laisse un vide immense. Mais de là-haut si tu m’écoutes Manoj, sois rassuré, tes enfants judoka sont entre de bonnes mains. Tu leurs a donnés les belles valeurs qui les porteront toute leur vie.

Repose en paix Manoj BAHUDUR K.C. sensei

Si vous avez envie de vivre de telles expériences, ou si vous voulez faire un don utile pour les enfants judoka du Népal, n’hésitez pas à contacter directement Morgan GIRARDEAU le judoka globe-trotteur au grand cœur, via son email : morgangirardeau@yahoo.fr

Venez découvrir la revue commémorative : IN THE HEART OF JUDO #21

Emmeric LE PERSON

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4 réflexions sur « JUDO AU NÉPAL : VOYAGE AU CŒUR DE L’HUMANITÉ »

  1. Népal carrefour du monde et du temps indiques-tu au lecteur Emmeric. J’ajoute par similitude que ta sensibilité, ta perception de l’humain dans la diversité foisonnante de tous les pays que tu parcours sans relâche sont le carrefour des réflexions où chacun peut rencontrer l’autre. Dans des moments de silence ou de rire , de partage fraternel où Jita Kyoe cher aux judokas a tout son sens.
    Bravo pour ces moments de partage intemporels mon ami
    Bien fraternellement!
    Alain

    • Merci énormément Alain ! Comme d’habitude on se retrouve autour des valeurs humanistes que le judo véhicule. L’Asie est mon continent de prédilection et je compte bien l’ arpenter tout au long de ma vie.Toi le poète, c’est un honneur d’être ton ami.
      Bien fraternellement !
      Emmeric

  2. Merci pour TOUT Emmeric, que dire de plus, partir nous aussi… en regardant, en contemplant « tes images » , in the heart of the heart !
    Bise à bientôt.
    Jef

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