Février 2012 : la photo qui a changé ma vie

munkhzaya tsedevsuren

Munkhzaya TSEDEVSUREN – MGL au  GRAND SLAM PARIS 2012

Juillet 2016 OULAN BATOR, je sors du restaurant après avoir passé plus de 5h à table, invité par Munkhzaya et son mari Khaliun BOLDBAATAR. Sans  la complicité de Tuvshee Mendee, la traductrice officielle de la fédération mongole, on n’aurait jamais vécu ce moment intense qui restera gravé à jamais dans ma mémoire. Un vide vient d’être comblé après 4 ans d’attente mutuelle.

Le soir se pointe, je redécolle demain, je marche seul dans cette ville unique au monde, posée sur la steppe, des bâtiments posés comme si on y avait jeté des cailloux. Libre de toute contrainte professionnelle, sans mon appareil photo comme si j’y avais toujours habité. D’un coup, comme un lame de fond, quelque chose est en train de me submerger. L’émotion m’étreint, j’ai de plus en plus de mal à respirer. Je rentre précipitamment à l’hôtel. Je m’effondre sur le lit. Je reprend mes esprit un quart d’heure après. Dans ce pays chamanique, je viens de passer une initiation. Ma vie ne sera plus jamais pareille après tout ce qui vient de se passer ici. Je vais revenir annuellement en Mongolie pour le judo.Avec la fédération mongole on a tant de choses encore à faire.

Et dire que TOUT a débuté en ce petit matin de février 2012  au Tournoi de Paris.

Flash-back : Paris 2012

Après 3 mois d’intenses négociations, on m’autorise à rester jusqu’à la coupure pour faire mon reportage dans la salle d’échauffement. C’est une première dans le monde du judo. Dire que je suis fébrile serait en-dessous de la vérité. Les premiers clichés quand je les revois, ne sont que des témoignages de ma présence. Quand je pense à les regarder, je me rend compte en plus, qu’ils sont en couleur. J’ai oublié de modifier les réglages de mon boitier, car je prend toujours le noir et blanc en prise directe. Je souffle je me remobilise et je démarre enfin. Je remets mon œil devant l’objectif et je me concentre.

Premier choc…qui en appellera d’autres dans ma carrière. Je vois ce dossard avec écrit en gros, 3 lettres qui me donnent le vertige : MGL . Mongolie. Un Graal inaccessible depuis mon adolescence et mes nombreuses lectures sur l’Asie Centrale. C’est une femme . Elle se retourne tranquillement. Son profil m’apparaît au travers de ce 105mn qui m’accompagnera 2 ans.

Deuxième choc, je me rend compte que c’est la première mongole que je vois de ma vie. Comme un reflex j’appuie sur le bouton. Elle continue et je vois son visage, à peine ses yeux. tant la lumière est faible.Je ne connait même pas son nom, tant ma venue ici est précipitée.

Troisième choc. Soudain elle me voit et ses yeux s’entrouvrent, je suis bouleversé. Mais je sais que c’est pour cela que je veux faire ce métier. Je repose mon boitier je reste hébété un moment et je retrouve mes esprit en regardant la photo.

Dernier choc. Quelle prestance se dégage de sa personnalité.Techniquement cette photo est ratée…mais je m’en fout ! Je prend ma première leçon : l’histoire est tellement forte  que l’on en oublie la technique.Cette évidence ne me quittera plus et sera mon fil directeur : une photo doit raconter une histoire. Maintenant je peux mettre un nom sur cette photo. Pas encore un prénom bien-sûr: TSEDEVSUREN.

Un défi de taille ensuite m’attend qui me prendra presque 6 mois: lui donner la photo et la lui partager sur facebook malgré la barrière de la langue. Elle gardera cette photo en profil plus d’un an. On s’était donc compris.

Après les JO de Londres et une place de 3 perdue elle fera un break de 2 ans pour donner la naissance et élever sa fille..et aussi perdre son père en pleine grossesse. Celui qui l’avait amenée au dojo, elle, la dernière des 5 sœurs. Il ne verra donc jamais sa petite fille ni le jour historique où elle a ramené sa médaille mondiale d’Astana.

A sa reprise je ne vais donc ne la croiser que 3 fois : Paris, Dusseldorf et Tbilissi . Mais je vais faire un livre de photographe sur elle, et un article. Cet aboutissement sera le dernier point de 2 ans de négociations avec la fédération mongole qui devant le résultat, va m’inviter comme un VIP en Mongolie pour raconter leur judo et le parcours en immersion de l’équipe nationale pendant le CHINGGIS KHAN GRAND PRIX ULAANBATAR 2016.

Munkhzaya tsedevsuren-Khaliun BOLDBAATAR

Munkhzaya et son mari Khaliun BOLDBAATAR entraineur national en CHINE

Un randori en commun plus tard :

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OULAN BATOR 2016

Et ce fameux dîner traditionnel mongole en compagnie de son mari Khaliun on est plus proches que jamais. Malgré la distance et le temps on se retrouvera comme si on s’était quitté la veille. Dans les années qui viennent je viendrais accompagné de ma femme Marie-Lise, et là notre amitié prendra une dimension supplémentaire .

Oui vraiment en ce petit matin de février, une photo a définitivement changé ma vie.

TSEDEVSUREN - LE PERSON

OULAN BATOR 2016

Bayarla Munkhzaya !

Emmeric LE PERSON

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Une réflexion au sujet de « Février 2012 : la photo qui a changé ma vie »

  1. Bouleversant de sensibilité. Encore une preuve qu’il n’est nul besoin de parler la même langue pour se trouver et se comprendre. Quelle chance que tu as de faire de telle rencontres. Et en fait ce n’est pas une question de chance c’est au-delà …

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