André ALLARD : la passion de la transmission – 2ième PARTIE – le prof de judo

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André ALLARD 5ième DAN : cours des babys à JUDOVILLEFRANCHE(12)

Pour toi la passion c’est le moteur de la transmission ?

Personnellement, je suis à fond tout le temps et j’aimerais parfois que tout le monde soit aussi. Il faut qu’il se passe quelque chose lors d’une relation. Et sur le tapis forcement, je suis en relation avec les enfants, ou les adultes ou les autres catégories d’âge. Dans la transmission, il faut qu’il se passe quelque chose .Il faut donner des infos pour créer chez l’autre une sensation. Et c’est génial ! Je me fais des cadeau aussi. Il n’y a pas que la générosité dans l’enseignement il y a aussi une part d’égoïsme aussi.

 

Effectivement dans ton esprit, tu ne vas pas donner des cours par habitude.

Si tu fais le haut-niveau, c’est que tu aimes ta discipline à un degré supérieur. Tu aimes l’effort, sentir la douleur physique. Donc tu es à fond. Un métier, je le conçois de la même façon. C’est pour çà que j’ai quitté l’EPS. Dans l’échange c’était mou. Moi j’y allais avec plein de peps, . Je me heurtais à quelque chose de mou. Il n’y avait pas de rebondi . Sur un tapis de judo c’est différent.

Dans tes cours la parole a autant d’importance que le geste, On ne peut pas se contenter de montrer simplement la prise ?

Oui c’est sûr, moi je parle trop…rires… Je me moque de moi en fait. Moi j’aime parler à la base. Depuis le départ j’ai été bercé par les cours de Rodolphe. J’ai été autant touché par l’image, par les histoires qu’il racontait . Il y avait des métaphores. Moi çà me touchait, j’arrivais à comprendre, à aller vers certains chemins grâce à çà. Naturellement j’ai suivi cette approche. Ensuite il y a deux profs qui m’ ont beaucoup marqués,ce sont Patrick ROUX, et Hiroshi KATANISHI. Où par habitude ils décortiquent à fond la technique. Ils l’expliquent autant qu’ils la montrent.

André, une question qui va faire souffrir ta modestie : d’où vient cette intelligence gestuelle qui te caractérise ?

L’intelligence gestuelle ?… Moi j’ai réussi à acquérir certaine choses par la pratique uniquement.Sur le tapis quand j’étais enfant Rodolphe m’a dit une chose qui m’a marqué à jamais: « André tu n’es pas une photocopieuse »…rires… Çà voulait dire que je ne pigeais pas de suite. Il fallait que je fasse . Et à force de faire, tu captes des choses. Pour tous les métiers c’est pareil. Et forcement, quand tu fais du haut-niveau, tu multiplies le temps de pratique. Tu arrives ainsi à un niveau différent de ceux qui font du judo uniquement 2 fois par semaine. Si tu repars sur les enfants , déjà sur une année, on voit une différence entre ceux qui ne font qu’une fois par semaine avec ceux qui viennent deux fois, C’est énorme ! De même pour les mômes qui font un stage d’été sur une semaine.On voit au retour qu’il s’est passé quelque chose. Donc en fait c’est juste du temps de pratique. Mais c’est vrai qu’au départ je suis rentré dedans à fond, Quand j’ai rencontré Hiroshi KATANISHI j’étais junior, au début je ne me suis pas rendu compte, Et puis il y a eu un déclic, Ça m’a plu et j’ai eu envie d’explorer cette voie.

La prise de judo pour toi, doit être adaptée à l’âge du gamin ?

Effectivement les enfants n’ont pas une maturité physique pour faire certaines techniques. Il y a des strates dans la méthodes pédagogique. C’est vrai que l’on joue avec la motivation des enfants pour les ceintures, J’ai vaguement établi une grille de technique ici. Mais il n’y a rien de figé. Car il y a des enfants qui m’ont surpris. Par exemple certains enfants ont déclenché uchi-mata alors que je ne l’avais pas encore montré. Donc lui peut le montrer pour un faible niveau de ceintures, alors que les autres non pas encore cette maturité. O soto gari chez l’enfant, avec la forme adulte de fauchage, c’est impossible ! Il est incapable de faire çà. L’appui unipodale, déporter son poids, être équilibré et porter le poids du partenaire c’est compliqué.

C’est paradoxale pour O soto, que j’appelle la prise réflexe, qu’ils montrent en majorité en compétition quand ils débutent.

Oui, mais il faut absolument l’aborder avec eux, car ils la font. Mais, il faut l’aborder à leur façon.

Le randori c’est important dans ton enseignement ?

C’est la partie la plus importante,. Et finalement c’est notre jeu, C’est la phase où tu es libre tu te laisses aller. Et puis il y a différentes façons de faire le randori. Mais çà n’est pas un shiai, comme on pratique en haut-niveau.

Le judo loisir est il aussi important que le judo compétition à tes yeux ?

Évidemment. Si on prend par exemple un club au hasard : Villefranche-de-Rouergue par exemple, avec 250 licenciés. Si on compte à partir de benjamins il y en a 40 ! T’imagines ? Çà veut dire que beaucoup de pratiquants et d’enfants viennent pour le loisir. Les petits ils ne savent même pas ce que çà veut dire la compétition. Sur la quarantaine d’adultes, ils ne viennent pas pour la compétition ils viennent d’abord pour faire du judo. Et çà je trouve çà assez magique.

La génération nouvelle qui découvre le judo est-elle vraiment un défi pour les profs ?

Je n’ai pas assez de recul pour te répondre. Mais c’est vrai pour les petits qui débutent, j’ai eu cette année une génération difficile. Mais bizarrement en 3 cours ils ont maintenant rattrapé tout le retard. Depuis que je suis là, chaque génération qui arrive je découvre un nouveau plat...rires…je m’adapte. Pour les générations d’avant c’est difficile pour moi de juger. Le mental quelque part nous ment un peu, Des souvenirs que j’ai, seraient en plus tournés sur moi-même, donc un judoka hyper-motivé, pas forcement révélateur. Non en fait je ne peux pas trop répondre à la question, pardon Emmeric…rires…

Qu’est-ce qui t’as surpris en enseignant aux adultes ?

Ils vont très très vite les adultes. Suivant leurs dispositions certains vont très loin dès leur première saison. Comme on l’a évoqué tout à l’heure, la partie verbale du cours, l’adulte, lui, l’absorbe complètement. La phase compréhension déblaye le chantier et sur la partie sensitive, la plus dure à assimiler, et bien çà suit ! Comme tu sais où tu dois aller c’est plus simple en fait. Sur le cours en fait il y a très peu de déchets techniques. Sur la quantité de cours, l’adulte il ingère tout en fait. Même s’il a démarré plus tard, il va plus vite sur la progréssion. En tout cas sur le démarrage. Car après, c’est différent. Il y a des paliers, plus ou moins faciles à franchir.

Romain Labro, bien que junior, a combattu pour le club à Marseille en 1ère div. Évidemment tu étais là pour le coacher. Qu’a tu ressenti, quand tu t’es retrouvé de l’autre côté en tant que coach pour la 1ère fois à ce niveau?

J’étais heureux d’aller en 1ère division en tant que coach. C’était vraiment sympa d’ accompagner Romain. Il y avait beaucoup d’envie avant d’y être. Content qu’il puisse s’exprimer à ce niveau. Et pour l’avoir vu s’exprimer, oui, il y a tout à fait sa place. Mais personnellement pour moi, non je n’ai pas ressenti de frisson, En fait je peux m’éloigner petit à petit du coaching de compétition.On ne sait jamais c’est sûr. Accompagner les mômes j’adore ! Mais, les accompagner tous les week-end en compétition, je pense que c’est quelque chose qui s’éloigne pour moi. Mais, c’est sûr qu’il faut le faire. Peut-être qu’un jour il y aura quelqu’un qui le fera peut-être à ma place ? Mais en fait objectivement, aller coacher à ce niveau de performance des 1ères Div, pour aller chercher un résultat, oui, là je m’éclate.

Chaque année à Judovillefranche la fidélisation s’amplifie. N’as-tu pas conscience de voir se construire une culture club sous la dynamique de l’équipe du président Max DELERIS ?

Cette culture elle était déjà là avant. Avant il y avait déjà ce groupe d’adulte au bureau. Maintenant c’est vrai que çà booste sur le tapis. A l’extérieur sur les compétitioons avec les parents. C’est un échange d’énergie. Et c’est vrai que maintenant il y a une débauche d’énergie qu’il n’y avait pas quand je suis arrivé. C’est une vrai culture de club et c’est vraiment chouette de le vivre.

– fin de la 2ième partie : le prof de judo –

UCHI-MATA par André ALLARD

Interview et rédaction : Emmeric LE PERSON

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Une réflexion au sujet de « André ALLARD : la passion de la transmission – 2ième PARTIE – le prof de judo »

  1. Malgré quelques erreurs dans le texte, le fond, lui, me fait frissonner. La passion de l’enseignement, la passion du judo, le lien, porteur de lueur. Promesse d’une société en meilleure santé. Prospérité pour tous, et surtout pour nos enfants.

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