
Nigara SHAHEEN afghane réfugiée au Canada
Avoir la chance d’organiser, avec son équipe, un évènement tellement fort, qu’un mois après, on est toujours en état d’apesanteur. Le témoignage de ces femmes afghanes a marqué à jamais, tous ceux qui ont eu pu l’entendre. En voici le récit.
Pour la première fois depuis que je fais ce blog, j’ai l’impression de m’attaquer à une montagne. C’est au moins l’Hindou Kouch. Vais-je réussir à restituer cette atmosphère mêlée de sidération, de révolte, de compassion, de communion, d’admiration. Ces femmes sont venues témoigner de leurs histoires à travers les arts, la parole et l’échange. Et on s’en est toujours pas remis.

On avait laissé Nigara aux Jeux de Paris. Deux ans plus tard, elle est dans l’avion qui descend sur Toulouse, en direct de Toronto. J’aurai aimé l’accueillir directement, mais l’avantage de faire partie d’une équipe solide, c’est que l’on peut compter sur chacun. On vient de créer notre association culturelle. JUDO CULTURES existe depuis 4 mois pour pérenniser cet évènement. Je suis pris au théâtre, pour le concert de ce soir avec Odestan Trio. On s’est répartit les rôles, et je sais qu’elle sera entre de bonnes mains, une fois ses bagages récupérés. Promis Sandrine et Laurent, je ne vous ai pas cité.
On n’allait pas la faire venir de si loin pour un week-end. Certes la région de Villefranche-de-Rouergue en Aveyron est suffisamment belle pour ne faire ensuite que du tourisme. Mais Nigara, dès le départ, voulait témoigner de son histoire auprès des écoles, auprès du public. Alors, tout a pris une autre dimension, grâce à elle.
On a ouvert les champs des possibles en impliquant les acteurs culturels et scolaires qui comptent à Villefranche-de-Rouergue. Comme vous allez vous en rendre compte, ils ont répondu présent, à chaque fois.
Dès le départ on a voulu sortir du pathos et prendre le contre-pied. Le sourire de Nigara est un symbole face à la barbarie des talibans. Ce que l’ONU qualifie d’apartheid de genre et qui n’existe nulle part ailleurs dans le monde à cette échelle.
Alors commençons cette semaine en musique !
Vendredi 6 mars
La convivialité c’est l’état d’esprit qui anime notre organisation. Pour avoir la chance de faire venir Odestan Trio, on n’a pas voulu se contenter de les écouter. Odestan Trio un groupe qui se compose de Jawid GHANI, Najib GHANI et Corentin RESTIF.

On a voulu partager aussi un moment de complicité. Leurs proposer le temps d’un week-end, de mieux se connaitre et de tisser des liens durables. Cela s’est traduit par 3 concerts, sous 3 formes différentes : théâtre, dîner spectacle et cérémonie de clôture du stage de judo. Pour le concert mutuellement, on voulait dès le départ, qu’il y ait un échange avec le public. Bien nous en a pris, le retour a été bien au-delà de nos espérances. D’autant que l’association LA BOUSSOLE du Bassin de Decazeville, terre d’accueil dirigée par Sylvie REMES, avait faire venir une vingtaine d’afghans réfugiés. Une fin de concert mémorable s’en est suivie, comme le montre la photo ci-dessous :

Week-end
Le repas spectacle a pu se faire grâce à la complicité de Pierrette et Bruno NOGARET, qui tiennent le Claux du Belvezet à Toulonjac. Avec Frédéric BERTON en ingénieur du son, le concert a donné lieu a beaucoup de chaleur humaine.

Les musiciens attendaient aussi ce moment. Généralement leur prestation leurs apportent peu d’échanges avec les organisateurs. Ici on s’est donné le temps. S’offrir aussi un moment privilégié, en permettant à André ALLARD, musicien dans l’âme, de les accompagner. La complicité entre eux est réelle.

La rencontre avec Odestan n’aurait pas été complète sans un échange autour du judo. La joie de Jawid résume tout.

Pour la cérémonie de clôture du stage de Nigara, on voulait innover. Retrouver l’esprit de ce que j’avais pu voir à travers le monde et le partager à ceux qui me sont chers. Voir André ALLARD, notre sensei, qui associe ses deux passions, le judo et la musique, en un seul évènement sur le tatami en judogi. Cela a donné lieu à des moments inoubliables, retranscrits en quelques photos.





On a une tradition au judo, le mondo. Cela se traduit par le débat. Lors du mondo de clôture autour du vécu de Nigara, les musiciens étaient présents, encore en sueur d’avoir participé à la séance. Au bout d’un moment, j’ai pris la parole : » Vous rendez-vous compte de ce qui se passe ici ? Il faut que les afghans s’exilent, pour que soit possible une discussion entre un homme et une femme. L’effacement de la femme dans la société afghane est tel, que le dialogue n’existe plus. Rien que pour ces instants de partage, notre évènement mérite aussi d’exister »
Stage de judo
Durant le stage orchestré par Nigara, trois formules ont été proposées sur 2 jours. Le samedi une journée de stage avec les enfants. Le dimanche un entrainement spécifiquement féminin le matin. Qui sera suivi d’une séance mixte l’après-midi, ouverte à tous les adultes inscrits.

La journée de la femme
Je considère cette fois, que ma place sur le tatami aurait été déplacée. C’est donc Emmanuelle DE OLIVEIRA qui a été missionnée pour le reportage. Elle a pu témoigné que le lâcher-prise au niveau de l’expression du ressenti était important pour elles. Par trop brimées, là aussi, par des codes trop stricts d’origine masculine, que la pratique du judo présuppose. C’est une belle leçon en fait. Se rendre compte que le culte de la maitrise de soi en art-martial, nous prive de profiter pleinement de nos émotions. Quelle leçon !

Et que dire de ce mondo de 45 minutes, sinon qu’il a été d’anthologie. La profondeur des questions sur la condition de la femme en général et celui des afghanes en particulier, à travers l’histoire de Nigara, nous a tous bouleversés.
L’après-midi, le stage s’est ouvert à tous les adultes. J’attendais ce moment aussi. Je me doutais du choc qui allait arriver. Ici on ne connaissait Nigara que par son portrait au sourire radieux. Rapidement , les visages se sont rougis, les cœurs ont commencés à s’affoler, les poumons manquer d’air et les muscles sont saturés de lactique. Malgré les encouragements de Nigara ponctués de good job, je les vois rapidement se demander ce qui se passe. Ils viennent de comprendre que Nigara n’a pas eu ce parcours par hasard. Toute sa vie n’a été jusqu’ici qu’un combat. C’est une guerrière, souriant certes, mais une guerrière avant tout, une amazone afghane !

Elle s’en rend compte soudain, et tout le monde part en fou rire. Quelle leçon !

Le week-end se termine en beauté pour nos invités par la visite nocturne, culturelle et historique de Villefranche-de-Rouergue la médiévale. Merci à toi Jean-François HEBRARD, notre prof d’histoire préféré et passionné ! A l’issue, je l’ai remercié en lui disant que si j’avais croisé un tel prof au lycée, j’aurai tenté Sciences Po.
Lundi 9 mars
Déjà lundi et je file récupérer à l’aéroport de Rodez, une grande dame : Mursal SAYAS.

En préparant cet évènement avec l’équipe, je me suis rendu compte de la dimension médiatique de cette journaliste, écrivaine et militante, au travers ses interviews à Radio France. Son livre « Qui entendra nos cris ? » paru chez l’Observatoire, a bouleversé tous ses lecteurs. Je la sais très occupée et le temps de trajet ne doit pas être du temps perdu. Du moins, je me mets dans cet état d’esprit au moment de la conduire à son hôtel. Me reviennent en mémoire, tous ces chauffeurs qui m’ont conduit pendant les reportages officiels à travers la planète. Je me dois d’être digne d’eux. Alors je me cale sur leur mode de fonctionnement. Je la fais monter à l’arrière tout naturellement. Un bon chauffeur est celui qui sait se faire oublier tout en sachant anticiper les besoins de son passager. Bien m’en a pris, je la vois déjà travailler à l’arrière.
On va mesurer notre chance, mais aussi notre frustration de ne l’accueillir que pour moins de 48h. Arrivée à l’hôtel, je lui présente Nigara et me régale de les entendre parler en dari.
Première étape pour Mursal, son podcast radio quotidien sur AFINTL RADIO, dont elle est aussi la productrice. Son émission est très suivie et apporte un soutien moral important à celles qui peuvent l’écouter. Elle entretient aussi une correspondance importante via les réseaux sociaux. Et met un point d’honneur à y répondre systématiquement. Sa parole a du poids dans la communauté.
Elle a fait partie de la Commission indépendante des droits de l’homme d’Afghanistan. C’était contre l’avis de son mari de l’époque. Elle a réussi à divorcer. Elle en a malheureusement perdu la garde de ses deux enfants. Au retour des talibans, elle était sur liste noire. Pour sauver sa vie et continuer sa lutte en faveur des droits humains, c’est une expression qu’elle tient à souligner, elle est arrivée en France avec un simple sac. Elle a pu récupérer quelques livres, mais pas son livre de chevet, « Le Deuxième Sexe » de Simone DE BEAUVOIR paru chez Gallimard. Son mari croyant la punir ainsi, l’a en fait confortée dans son choix ! « Sauve-toi, la vie t’appelle » aurait pu lui dire Boris CYRULNIK. Elle continue ses études de Masters à Paris en parallèle de toutes ses engagements. C’est dire sa volonté !
Je l’amène, en compagnie de Nigara visiter Figeac, la ville de Champollion. Loin des grands axes, lundi est un peu morne plaine en France. Tout le contraire de ceux qui vivent au quotidien dans les grandes villes, comme Paris ou Toronto. Au bout d’un quart d’heure, Mursal nous arrête. La ville est à nous, on ne croise personne et tout est fermé. J’appréhende sa réaction. Que nenni, elle se réjouit du silence et du calme qui règne ici. Nigara confirme. C’est une pause appréciable dans leurs vies trépidantes.
Ensuite je peux enfin réaliser un rêve, les accueillir toutes les deux pour dîner chez moi et rencontrer enfin ma famille et notre environnement. Au quotidien, j’habite à 45 minutes de Villefranche-de-Rouergue. Ca sera l’unique occasion de la semaine. Moi aussi je dors là-bas dans la maison de famille d’un ami, durant tout l’évènement. Merci Max !
Alors profitons-en pour refaire le monde avant de les ramener à leur hôtel.
Mardi 10 mars
Le lendemain matin, on a deux heures pour que Mursal aille à la rencontre des lycéens de François MARTY à Monteils.


Je n’étais pas inquiet, pour avoir rencontré en amont l’équipe pédagogique du lycée. Je savais que les élèves allaient s’impliquer, mais à ce point ! Pourtant rien ne nous préparait à cet instant suspendu à l’issue du témoignage de Mursal : la sidération ! Vous avez beau le lire, voir des documentaires, rien ne remplacera jamais le témoignage de ces femmes qui racontent ce qu’elle ont vécu dans leurs chairs. Non rien !
Je ramène Mursal à l’hôtel à temps pour l’enregistrement de son podcast quotidien.
La fin d’après-midi arrive déjà et le vernissage de l’exposition de Véronique DE VIGUERIE commence. Le lieu est important. C’est à la Manufacture que ça se passe. Une salle d’exposition superbe au dernier étage de la médiathèque, un bâtiment médiéval restauré qui en impose. Aline SOAVE la directrice en a fait un lieu chaleureux avec son équipe de passionnés. Là encore l’actualité a chamboulé notre programmation. Véronique est une des plus grandes photographes de guerre. Ses nombreux prix en témoignent et son exposition, qui a reçue le Prix Roger PIC conforte un peu plus son talent. Depuis le départ, on savait que l’actualité internationale aurait la priorité. C’est son métier. Elle est donc sur le terrain au moment de son vernissage. Elle est auprès des Kurdes iraniens pour témoigner de leur résistance face au régime des mollahs. Elle est donc là où elle doit être. C’est le plus important.
Depuis le temps, j’en ai vu des expositions photos. Mais je n’avais pas vu une telle émotions dans le public depuis l’exposition de James NACHTWEY à la Maison Européenne de la photographie pour INFERNO. C’est dire. Cela remonte à presque 15 ans. Je me permet alors cette remarque lors du vernissage : « une photo vaut mille mots c’est vrai, mais ne vous privez pas de lire la légende. On change de dimension. »

Grande dame, Véronique a accepté de mettre en vente les photos exposées au profit de BEGUM ORGANIZATION FOR WOMEN. A peine les discours de circonstance prononcés que les gens se sont rués pour tout réserver.
S’en suit en deuxième partie, la rencontre littéraire de Mursal SAYAS autour de son livre témoignage « Qui entendra nos cris ? » des éditions de l’Observatoire. menée par Muriel, la responsable de la librairie LA FOLLE AVOINE. Ce lieu est une institution à Villefranche-de-Rouergue.
Je peux voir comment elle adapte ses paroles à son auditoire. Ici aucun tabou et la profondeur de l’analyse est réelle. Là encore, la force de son témoignage me bouleverse, comme nous tous. Le nombre de livres en attente de dédicaces ne suffisent pas, Muriel n’a jamais connu ça. Le respect que Mursal inspire se voit dans l’attitude et le regard des gens.

Une soirée et une courte nuit plus tard, la voilà déjà repartie vers une semaine intense qui l’attend. La frustration cette fois est réciproque, on aurait aimé faire durer son séjour. Mais elle est en train de changer de dimension et son agenda commence à se remplir à vue d’œil. A bientôt Mursal !
Mercredi 11 mars
Mercredi s’annonce encore intense. Voyez plutôt : le matin de retour au Lycée François MARTY avec cette fois Nigara, et la complicité d’Hamida AMAN qui débarquera directement de l’aéroport de Rodez. On ne manque pas de chauffeurs attentionnés à Judo Cultures. C’est ça une équipe. Dès que l’on a annoncé à Violaine FABRE, Marina BRUNET et Franck MAHE de l’équipe pédagogique, la présence de la présidente de BEGUM, cela a pris une autre dimension. Je vous explique.

Depuis l’origine le fil rouge de cette semaine reste la récolte de fonds pour BEGUM ORGANIZATION FOR WOMEN. Pour être en accord avec nos idées, on voulait aussi agir aussi là-bas en Afghanistan. Oui, mais comment ? Le pays s’est lui-même coupé du monde par l’indignation suscitée face au retour des talibans Cela s’est transformé depuis et rapidement, en indifférence, pour le plus grand malheur des femmes afghanes en particulier. Donc comment trouver un relais sur place ? Envoyer du matériel est irréaliste, car il est impossible de tracer ensuite la marchandise, pour peu qu’elles franchissent la douane intacte.
Alors l’évidence nous est apparu : tout miser sur l’éducation.
L’éducation est le plus sûr moyen d’avoir les outils intellectuels pour se défendre. D’avoir confiance en soi.. Mais à chaque rentrée scolaire, les filles sont exclues de l’école à la sortie du primaire, c’est insupportable. Donc, on a rapidement contacté BEGUM, une ONG faite par les femmes, et pensée pour les femmes. Qui possède sa radio privée à Kaboul, sa chaine TV internet et son académie disponible sur le net. Mais Hamida AMAN est sollicitée, et en toute logique, on rencontre d’abord la personne chargée des relations publiques. On a eu la chance de rencontrer Elissa ROCHETEAU. Sans elle, rien n’aurait été possible. Rapidement on a l’assurance d’avoir une responsable de l’ONG qui viendra témoigner. Pour Hamida l’actualité est telle, que de toute manière, s’engager si longtemps à l’avance est impossible. Alors à moins de trois semaines du démarrage, elle a pu confirmer sa présence sur deux jours. C’est un honneur qu’elle nous fait, car mars est LE MOIS où les actions en faveur des femmes sont les plus nombreuses. Notre semaine a franchi un palier supplémentaire.
Mais revenons en ce début de matinée, où Nigara est enthousiasme à l’idée de s’entretenir avec les lycéens. Comme moi elle découvre tout le travail préparatoire des élèves impliqués.

Vraiment impressionnant, ils ont même été jusqu’à la réalisation d’un podcast. Grâce à la complicité de longue date de CFM RADIO Villefranche, la radio locale, ils peuvent bénéficier d’un matériel audio de pro.

A ce stade, il faut que je vous parle d’une femme qui compte beaucoup pour la réussite de cet évènement. Je veux parler de Mélissa CORNET. Elle est chercheuse, juriste. Pour moi c’est la plus grande spécialiste mondiale du statut de la femme en zone de guerre. Elle a aussi remporté le Prix du photojournalisme de la Fondation Carmignac avec la photographe Kiana HAYERI. Alors qu’elle est à Kaboul sous les bombardement pakistanais, elle doit rentrer pour notre semaine afghane. C’est une femme de parole. Coincée au hub de Dubaï, par la guerre en Iran, elle fini par rentrer chez elle à 48h de sa venue. Pour cette citoyenne du monde, chez elle c’est en ce moment Tbilissi en Géorgie. Elle en a vu d’autres pourtant, mais là c’est le vol de trop. L’essentiel c’est qu’elle soit en vie, le reste n’a aucune importance pour nous. Son exposition à La Halle de Villefranche-de-Rouergue est déjà retentissante.
On arrive à se fixer un rendez-vous téléphonique. A l’origine on avait envisagé cette possibilité et là elle me propose deux choses. D’abord une vidéo de 12 minutes pour les lycées et la conférence du mercredi soir pour assurer le coup. Et si on peut techniquement le faire, assurer une visio avec les élèves. Comment ne pas être admiratif devant une telle volonté de témoigner. Dans l’heure qui suit, elle me poste la vidéo. Je la regarde juste au départ pour vérifier que le son et l’image passe bien sur mon ordinateur. Emporté par le fil de son récit, je la regarde jusqu’au bout. En un coup de fil c’est réglé, la mise en relation est faite, la visio va se faire. L’équipe enseignante réalise la portée de ce geste. Les élèves comprendront plus tard.

Nigara est encore au podcast quand Hamida arrive, drivée par notre ami Gérard. On a l’impression qu’elle a toujours connu cet endroit tellement elle est dans son élément. Et pour cause, elle avait envisagé un moment d’aller vers l’enseignement. Et cela se voit.

Hamida et Nigara se rencontre pour la première fois. Et je ne me lasserai jamais, de faire rencontrer des gens pour qui j’ai un respect immense.

Hamida a conquit le public en toute intelligence et en pédagogie. On a bien saisit toute l’horreur de la situation de la femme afghane tout en faisant à la fin, passer un message d’espoir. Ce message passe par la priorité à l’accès à l’éducation des filles et au soutien moral et psychologique des femmes afghanes restées sur place. On n’est jamais réfugié par plaisir, et le combat d’Hamida est d’autant plus admirable qu’elle aurait pu se contenter de se centrer sur sa vie sociale réussie en occident. Ça aurait été mal la connaître et par BEGUM, elle a créé une dynamique fragile certes, car toujours sur le fil du contrôle des talibans. Mais c’est d’une telle force !
Le repas à la cantine scolaire permet aussi de prendre le temps de discuter avec l’équipe pédagogique et de se mettre à disposition des élèves si nécessaire. Ne pas se cloisonner, se rendre accessible c’est important.
L’après-midi sera à la carte en attendant la conférence au théâtre du soir. L’occasion pour moi d’échanger longuement avec Hamida en lui faisant découvrir les deux expositions. Il lui vient cette réflexion qui donne encore plus de sens à cet évènement. Réunir les deux plus grandes photographes des femmes afghanes en même temps, c’est une première. Et tous les obstacles surmontés pour en arriver là, s’évanouissent en un clin d’œil. Merci Hamida.
Au théâtre ce soir !

Pour la deuxième fois on retourne au théâtre des Bastides de Villefranche-de-Rouergue. Cela n’aurait pas été possible sans la confiance accordée par la Mairie par l’intermédiaire de celui qui est désormais notre référent culturel, Luc TOURNEMIRE le responsable culturel de la ville. Dès le départ il nous a fait confiance et on le remercie.
Pour cette conférence, Judo Cultures aurait pu la réaliser bien-sûr. Mais c’était important dès le départ de monter un projet collaboratif. Ici c’est l’USP, l’université des savoirs partagés, qui a le savoir-faire et le réseau. Tous les quinze jours ils en organisent, c’est dire ! Avec la complicité de Monique CACHIA sa présidente, son équipe a préparé cet évènement.

Tout commence par la vidéo de Mélissa CORNET. Avec un ton calme et maitrisé, avec des mots justes et percutants, elle fait passer des messages forts. Cela finit par un message d’espoir, un changement de regard. Elle nous parle de la résistance par la joie. 6 mois en Afghanistan à travers le pays en compagnie de Kiana, ça marque une vie. Nous rapporter les témoignages des femmes d’un pays qui les efface n’est pas anodin. Du coup elles ont ressenti le besoin de changer de perspective devant la résistance silencieuse aperçue face à cet apartheid de genre caractérisé. Elle nous parle alors de Fatima BAHNIA. Sur la photo elle fait une bataille de boules de neiges avec deux amies. Fatima est une artiste peintre, et après un long travail, Mélissa a réussi avec Kiana, à la faire venir en France. A son atterrissage, elles lui ont offert , crayons, peintures, toiles, tout l’équipement pour démarrer sa nouvelle vie d’artiste ici. Depuis elles ont pu l’inscrire à un festival à SARAJEVO. Elle a aussi réalisé une fresque murale dans son foyer d’accueil. Elle vient de commencer ses cours de français. Vu sa vivacité d’esprit et sa motivation cela devrait allé très vite. Vous commencez, comme moi, à réaliser toute la dimension humaine de ces femmes, comme Mélissa et Kiana, qui vont sur le terrain pour nous rapporter ces témoignages.
12 minutes viennent seulement de s’écouler et je vois la salle, déjà subjuguée parce qui est en train de se passer.
A ce moment-là Nigara prend la parole à son tour, assistée par Sophie BOUSQUET pour la traduction. Merci à toi Sophie. Pendant ce temps je fais le reportage photo entre les transitions. Je sens la concentration de la salle qui se transforme en sidération à l’évocation du parcours de vie que Nigara nous relate. A un moment tout lui revient à la surface. Toutes les épreuves endurées jusque-là par elle et sa famille. Et grâce à sa maitrise de soi, cela ne dure que quelques instants. Mais qui nous resteront en mémoire toute notre vie. Beaucoup craquent, et je m’y inclue. Je n’ai pas le talent pour trouver des mots appropriés, assez forts, qui viennent à l’esprit pour tout décrire ce que Nigara a raconté ensuite. Mais sa résilience balaie tout sur son passage ! Quelle leçon !
Hamida AMAN prend le relais ensuite. Une fois de plus, je constate à quel point cette femme dégage un charisme. Une force aussi émane de sa personne. On sent une femme d’état en puissance qui s’ignore. Ou du moins un Prix Nobel, qui ne serait que justice, à minima pour BEGUM. Mais ça ne lui viendrait même pas à l’esprit évidemment. Mais cela reste mon opinion et je l’assume.
La conférence est terminée. La salle est en état de choc, cela se voit dans les regards. Pourtant un standing ovation se fait. Une première d’après l’USP. Une vente dédicace du livre collectif en faveur de BEGUM suivra, tout sera vendu en 5 minutes, une première encore. » Resistance-Renaissance » chez Labor et Fides.
Une grande dame vient me voir , elle n’a pas besoin de parler, on devine qu’elle a du mal à réaliser de ce qui vient de se passer. C’est vrai qu’elle a des circonstances atténuantes, elle sort à peine de l’avion , il y a 24h elle était encore coincée à Dubaï. Elle a volontairement écourté ses vacances en famille au Vietnam, pour être là ce soir. Cette grande dame, au sens propre comme au figuré, c’est Laurence FRIC. J’y reviendrais plus tard.
Un repas suivra où l’on prendra le temps, comme un sas de décompression en quelque sorte.
Demain sera la fin des évènements, non sans émotions, comme vous allez le découvrir .
Jeudi 12 mars
Au programme le lycée public Raymond SAVIGNAC, suivi du collège Francis CARCO situé à deux pas, en début d’après-midi. Une journée ordinaire en somme pour la semaine afghane…
J’arrive à l’hôtel LES FLEURINES pour les amener à cette journée feux d’artifices. C’est le moment de vous parler de toute l’équipe de l’hôtel autour de Romain BOUILLARD son directeur. Sans lui ça n’aurait pas été possible dans de telles conditions. Dès l’origine on a voulu offrir à nos intervenantes ce qu’il y a de mieux dans la ville. On a tendance toujours à se focaliser sur les meilleurs restaurants d’abord. Pourtant la récupération est la chose la plus importante, quand on est tant sollicité. A chaque fois les intervenantes y laissent tant d’elles-mêmes, qu’il leurs faut absolument un havre de paix en rentrant. Une bulle où elles se sentent comme chez elles. Pour ça, on a pu constater à quel point l’hôtel Les Fleurines méritait ses 3 étoiles !
D’ailleurs je les vois toutes les trois, Nigara, Hamida et Laurence refaire le monde tranquillement au petit déjeuner. Elles ne m’ont pas vu, et c’est tant mieux , je suis un peu en avance et je les laisse prolonger cet instant au mieux. C’est notre cadeau, leur offrir ce moment privilégié qui n’appartient qu’à elles. A break in the rush !
Le lycée Raymond SAVIGNAC prépare déjà depuis un an leurs venues. Au programme il y a une conférence de Nigara et d’Hamida. La vidéo de Mélissa CORNET ouvrira la séance. Plus d’une centaine de lycéens y assistent dans un silence de cathédrale, captivés, subjugués, sidérés par ce qu’ils entendent. La sonnerie de la récréation, en musique, ne les fera pas lever de leurs sièges, André ALLARD professeur coordinateur de l’action, n’a pas eu à insister pour maintenir la cohésion de groupe. Laurent THOMAS professeur de sciences, et membre de notre association, n’en revient pas non plus. Le niveau d’écoute est magnifique. On croise nos regards et on comprend la réussite du projet.
Là encore Nigara et Hamida adaptent leurs messages au public. La détermination de ses deux femmes, comme l’implacable justesse des arguments de Mélissa CORNET imposent le respect. On mesure la chance que l’on a d’avoir de tels témoignages de cette partie du monde délaissée depuis la mise au banc du pays après le retour des talibans.

Cette conférence est suivie d’ateliers à thèmes, où les classes défileront par quart d’heure. Florian MELLOUL un artiste peintre réputé y est de la partie. Jean-François HEBRARD, notre professeur d’histoire préféré, nous donne ce coup de main pour pallier l’absence justifiée de Mélissa CORNET.

C’est avec un certain appétit, que tout le monde va rejoindre la cantine en refaisant une fois de plus le monde avec l’équipe enseignante et la Proviseure Madame BLANC.
Place maintenant au Lycée Francis CARCO situé juste au-dessus dans le quartier du Tricot.
Isabelle ESCUDIER, professeur d’histoire géographie, qui a coordonnée avec André ALLARD l’organisation, est aussi la responsable du label égalité-hommes-femmes. Où des élèves ambassadeurs vont défendre cette noble cause tout au long de l’année. C’est avec son équipe que Nigara et Hamida vont cette fois à la rencontre des collégiens.

Après une bonne heure, il sera temps de ramener Hamida à l’aéroport, où déjà d’autres missions de sensibilisation et d’organisation l’attendent, avec son équipe soudée de BEGUM ORGANIZATION FOR WOMEN. Chaque jour de diffusion est une victoire contre la barbarie et l’obscurantisme des talibans. Comptez sur elles pour ne jamais rien lâcher !
La fresque
En redescendant du collège je ne peux m’arrêter de penser que l’on vient de finir en apothéose cette semaine avec la trace durable qui va rester dans nos cœurs et nos esprits, certes. Mais il va rester une trace physique de ce passage. Une œuvre qui nous survivra.
J’avais dit, en forme de boutade, à Nigara de ne pas oublier pas son waterproof, ça pourrait servir. Juste avant d’aller à la cantine, les enseignants amènent Hamida et Nigara dans la cour.


C’est le bon moment de vous parler d’une personne clef qui a largement contribué en coulisse à la réussite de cette opération. C’est Laurence FRIC. Elle est experte en ingénierie culturelle dans les domaines de la culture, du patrimoine, de la lecture publique, de l’audiovisuel et du cinéma pour le Département de l’Aveyron. Ici depuis vingt ans, elle nous fait profiter de son énergie contagieuse pour que les projets aboutissent. L’idée de la fresque c’est elle. Elle nous a permis d’aller au-delà de nos rêves les plus fous. Elle mis dans la boucle cet artiste peintre humaniste Florian MELLOUL. Résultat, un œuvre qui fait date.
Vendredi 13 : ça porte bonheur !
La veille au soir, on s’est retrouvé pour une réunion d’au revoir surprise dans notre cantine. Surtout pas un adieu, c’est un au revoir. La cantine est située sur les hauteur de la ville. De cette vue imprenable, Max DELERIS nous permet d’avoir un lieu chaleureux où la convivialité et la simplicité sont de mise. Les invités aspirent aussi à partager notre quotidien, échanger en toute simplicité. Les restaurants ont aussi leurs limites. Pas ici, et c’est avec chaleur que l’on a plaisir à faire un bilan informel, avec elle, de ce qui s’est passé. Le véritable débriefing on le fera plus tard en réunion.
Je m’étais promis d’offrir des moments forts à Nigara. Grace à nous tous, elle a des souvenirs à vie, qu’elle pourra partager avec sa famille et ses proches.
Le vendredi c’est le départ pour Toulouse. Nigara décolle demain matin très tôt. Alors dès qu’elle se sent prête, reposée après une séance de hammam à l’hôtel, on part en début d’après-midi, visiter la pink city comme elle l’appelle. Avec notre ami Ludo, conducteur de train de métier, excusez du peu, on lui prépare une visite à la carte. Autour d’un thé place du Capitole, on s’organise, on s’adapte… on transpire !
Car avant de penser à elle, avec son plus beau sourire elle nous confie 3 missions. Pour reprendre l’expression de mon compère Ludo, qui a le sens de la formule : c’est comme essayer de trouver au Penjab une boite de tripoux. Malgré l’air de Mission Impossible dans la tête, on y arrivera pas. Au grand dam des commerçants concernés qui n’en sont pas encore revenus.
C’était quoi le triple défi ? Ce qui s’est passé à Toulouse, reste à Toulouse ! C’est la règle d’or.
Pas rancunière pour un sou, elle va ensuite en toute tranquillité faire son propre parcours dans la pink city. Le rendez-vous est pris plus tard au Capitole Elle va découvrir le mets de son choix : le cassoulet toulousain bien-sûr ! On va se rattraper et l’amener à une institution : Le Bibent.
Direction l’hôtel près de l’aéroport. L’émotion est réelle, mais on va se revoir, c’est ça l’essentiel !
Et après ?
Vous avez apprécié ?
Nous aussi !
Alors rendez-vous l’année prochaine, on remet ça !
Au mieux le régime des talibans sera tombé et on fêtera ce moment historique ! Sinon, ça n’en sera que plus important.
Non, on ne vous laisse pas tomber !
Et grâce à toute mon équipe de JUDO CULTURES qui s’est mobilisée comme jamais dans la convivialité, grâce à nos partenaires et institutions qui nous ont soutenus . Grâce enfin, à la population de Villefranche-de-Rouergue qui a rendu cet évènement populaire, bien informée par les articles de Guy LABRO que l’on remercie chaleureusement.
On invitera encore des femmes humanistes, courageuses et déterminées, qui ont fait le sens de leur vie, un combat !
Quelle leçon !
« En Afghanistan, les femmes ont tout juste le droit de respirer…jusqu’à quand ? » : Hamida AMAN

Emmeric LE PERSON
